Changer de drapeau : le dilemme des sportifs binationaux
- Amina Ibrahim
- 17 avr.
- 3 min de lecture
17 avril 2026
Il y a quelques jours, Mylène Jade Yavo a annoncé vouloir représenter la Côte d’Ivoire. Née en France d’un parent ivoirien et français, la jeune footballeuse de dix-sept ans poursuit « son rêve d’enfance ».
Longtemps perçu comme exceptionnel, le changement de nationalité sportive s’impose comme l’un des choix du sport moderne. Pour les athlètes binationaux, les motivations sont différentes : choix du cœur, attachement aux racines, ambition sportive ou conflit institutionnel.
Le pays du cœur
Pour certains athlètes, la sélection nationale relève d’abord de l’identité personnelle. Kylian Mbappé a grandi en France, issu d’une union entre son père d’origine camerounaise et sa mère algérienne. Très attaché à la culture française, il a souvent défendu l’idée d’un choix sincère, fondé sur le lien profond avec un pays. Invité de l’émission The Bridge, il estimait que les joueurs binationaux « devraient choisir avant » et rappelait qu’« un pays, ce n’est pas comme un club. »
Même logique pour Achraf Hakimi. Né en Espagne, il a choisi de représenter le Maroc, pays de ses parents. Après des essais avec la Roja, son choix s’est finalement porté sur les Lions de l’Atlas. Un choix intime, familial.
Le cas de Mylène Jade Yavo s’inscrit aussi dans cette logique : choisir une nation ne signifie pas renier l’autre, mais assumer pleinement une part de son héritage.
Donner du sens à sa carrière
D’autres décisions dépassent le simple attachement affectif. Elles s’inscrivent dans une réflexion plus large reposant sur la vision du sportif sur sa carrière.
Le cas de Lamine Yamal illustre cette dimension. Le prodige espagnol a choisi très tôt l’Espagne à l’instar du Maroc. « Le football européen est plus regardé et plus proche du niveau international et me rapproche de la Coupe du monde avec des chances de la gagner », a-t-il déclaré dans une interview accordée à l'émission 60 Minutes Overtime début décembre 2025.
Même logique chez Djenna Laroui, gymnaste multimédaillée : elle a annoncé son départ il y a une semaine de la fédération française. Sur une publication Instagram, elle a expliqué que l’Algérie correspond davantage au projet qu’elle souhaite construire sur le long terme.
Autre exemple avec Eileen Gu, née aux États-Unis d’une mère chinoise, elle représente la Chine depuis ses quinze ans. La championne de ski freestyle expliquait avoir voulu « encourager des centaines de millions de personnes qui n’avaient jamais entendu parler de ce sport » et montrer à de jeunes filles qu’elles avaient, elles aussi, leur place dans la discipline.
Dans ces parcours, la nationalité ne relève pas seulement d’une appartenance. Elle devient aussi un projet.
Quand la carrière se heurte aux institutions
Parfois, la démarche naît d’une impasse entre les instances internationales, fédérales et les athlètes. En absence de perspectives, se tourner vers une autre sélection est primordial.
Fille d’un père algérien et d’une mère française, Kaylia Nemour grandit en Indre-et-Loire. Championne de France aux barres asymétriques en 2021, elle subit la même année deux opérations aux genoux puis une longue rééducation. Malgré l’avis favorable de son chirurgien pour la reprise, la Fédération française refuse.
Kaylia Nemour engage alors les démarches pour changer de nationalité sportive et choisit de représenter l’Algérie à partir de 2023. Dans son cas, changer de drapeau ne signifiait pas tourner le dos à un pays, mais refuser de mettre un terme à des années de sacrifice.
Choisir une nationalité sportive n’est pas un geste anodin. Certains choix mènent au succès, d’autres non, mais tous ravivent le même débat. À quel moment doit-on trancher ? Dès le début du parcours, tiraillé par la fidélité, ou plus tard, en cours de carrière ?




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